Introduction
Ibn Taymiyyah : mérite-t-il son titre de Shaykh al-Islam ?
Dans cet article, nous démontrerons la virulence de son hostilité envers les Ahl al-Bayt, à quel point il était éloigné du tawhid, ainsi que le caractère particulièrement problématique de certaines de ses positions.
Nous ne nous appuierons pas sur les « on dit » : nous examinerons avant tout les paroles qu’il a lui-même écrites dans ses propres ouvrages. Celles-ci seront soumises à l’analyse, afin que le chercheur honnête et soucieux de vérité puisse lui-même en tirer les conclusions qui s’imposent.
1. Son aveu : un grand nombre de Compagnons hostiles à Ali
Cherchant à établir que l’affection portée aux premiers califes fut unanime, Ibn Taymiyyah oppose leur cas à celui d’Ali, que la paix soit sur lui, et lâche cet aveu :
Quatrième point : Allah a annoncé qu’Il accorderait de l’affection à ceux qui croient et accomplissent les œuvres bonnes1, et c’est là de Sa part une promesse véridique. Or il est notoire qu’Allah a placé l’amour des Compagnons dans le cœur de tout musulman, en particulier celui des califes, qu’Allah soit satisfait d’eux, et plus encore celui d’Abu Bakr et de Umar : la plupart des Compagnons et des Tabi’in les aimaient, et ils étaient la meilleure des générations. Il n’en alla pas de même pour Ali : un grand nombre de Compagnons et de Tabi’in le détestaient, l’insultaient et le combattaient.2

Texte arabe du passage surligné
الرابع: أن الله قد أخبر أنه سيجعل للذين آمنوا وعملوا الصالحات ودّاً، وهذا وعد منه صادق. ومعلوم أن الله قد جعل للصحابة مودّة في قلب كل مسلم، لا سيما الخلفاء رضي الله عنهم، لا سيما أبو بكر وعمر، فإن عامّة الصحابة والتابعين كانوا يودّونهما، وكانوا خير القرون. ولم يكن كذلك عليّ، فإن كثيراً من الصحابة والتابعين كانوا يبغضونه ويسبونه ويقاتلونه.
A la page suivante, il dit :
Ceux qui l’ont détesté et l’ont combattu sont meilleurs que ceux qui ont détesté Abu Bakr et Umar. […] On sait donc que l’affection accordée aux trois est plus grande.3
Or, le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, a apporté le jugement de ceux qui détestent son gendre, l’Imam Ali, que la paix soit sur lui :
Ali a dit : Par Celui qui a fendu la graine et créé l’âme ! C’est bien là un engagement que le Prophète Ummi, que la prière et la paix soient sur lui, a pris envers moi : nul ne m’aime sinon un croyant, et nul ne me déteste sinon un hypocrite.4

Texte arabe du passage surligné
١٣١ ـ (٧٨) […] قال علي: والذي فلق الحبة وبرأ النسمة! إنه لعهد النبي الأمي صلى الله عليه وسلم إليّ أن لا يحبني إلا مؤمن، ولا يبغضني إلا منافق.
Othman al-Khamees a affirmé explicitement ce qu’il en était de toute personne qui dénigre un Compagnon, quel qu’il soit :
Insulter les Sahaba dans leur ensemble, cela est du kufr. Comme l’a dit Abu Zur’a al-Razi, qu’Allah lui fasse miséricorde : « Si tu vois un homme dénigrer les Compagnons du Messager d’Allah, que la prière et la paix soient sur lui, sache qu’il est un zindiq. »5
Ali, que la paix soit sur lui, est un Compagnon. La règle énoncée ici s’applique donc à ceux dont Ibn Taymiyyah reconnaît lui-même qu’ils le détestaient, l’insultaient et le combattaient.
Transcription de l'extrait
سبّ الصحابة مجملاً هذا كفر، كما قال أبو زرعة الرازي رحمه الله تعالى: إذا رأيت الرجل يطعن في أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم فاعلم أنه زنديق.
2. Son aveu de l’agression contre la maison de Fatima
Ibn Taymiyyah rapporte dans un premier temps l’objection de son opposant chiite :
Le huitième : sa parole, lors de la maladie qui l’emporta : « Que n’ai-je laissé la maison de Fatima sans y faire irruption ! Que n’étais-je resté sous l’auvent des Banu Saida, ayant frappé dans la main de l’un des deux hommes pour lui prêter allégeance, lui étant l’émir et moi le vizir ! » Cela prouve qu’il s’en est pris à la maison de Fatima alors que le Commandeur des croyants, al-Zubayr et d’autres s’y trouvaient réunis.6

Texte arabe du passage surligné
﴿فصل﴾ قال الرافضي: «الثامن: قوله في مرض موته: ليتني كنت تركت بيت فاطمة لم أكبسه، وليتني كنت في ظلة بني ساعدة ضربت على يد أحد الرجلين، وكان هو الأمير، وكنت الوزير، وهذا يدل على إقدامه على بيت فاطمة عند اجتماع أمير المؤمنين والزبير وغيرهما فيه». […] وغاية ما يُقال: إنه كبس البيت لينظر هل فيه شيء من مال الله الذي يقسمه، وأن يعطيه لمستحقّه، ثم رأى أنه لو تركه لهم لجاز؛ فإنه يجوز أن يعطيهم من مال الفيء.
Ne pouvant écarter le fait, Ibn Taymiyyah finit par reconnaître ceci, sous la forme d’un pis-aller :
Tout au plus peut-on dire : il a fait irruption dans la maison pour voir s’il s’y trouvait quelque bien appartenant à Allah, qu’il avait à répartir et à remettre à ses ayants droit ; puis il jugea que le leur laisser était licite, car il est permis de leur donner des biens du fay’.7
Le verbe qu’il emploie, kabasa, ne laisse guère de place au doute. Taj al-Din al-Subki le glose en ces termes :
On dit : « il a kabasa la maison d’untel », c’est-à-dire : il y a fait irruption ; le sens étant qu’il survient et y pénètre à l’improviste.8

Texte arabe du passage surligné
المثال الحادي والثلاثون […] وليس له أن يتجسس على الناس ويبحث عما هم فيه من منكر، ولا كبسُ بيوتهم بمجرد القال والقيل. […] يقال: كبس بيت فلان: هجم عليه، والمراد أن يفجأه، ويدخله على غرة.
Reste sa justification extrêmement déplacée, risible et dénuée de tout fondement au point qu’elle prêterait à rire même un enfant. La maison de Fatima, que la paix soit sur elle, était-elle le lieu où l’on rassemblait les biens publics ? Ces biens étaient-ils chez elle ? De quel droit, alors, fait-on irruption chez elle ? Quelle terreur est-ce là, et quel crime !
3. Ses mensonges
3.1. Sa récusation infondée d’un hadith sur Fatima
Confronté au hadith « Allah se courrouce du courroux de Fatima et s’agrée de son agrément », que la paix soit sur elle, Ibn Taymiyyah ne se contente pas de l’affaiblir : il affirme qu’il n’existe dans aucun livre de hadith connu.
Quant à sa parole : « Ils ont tous rapporté que le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui, a dit : Ô Fatima, Allah se courrouce de ton courroux et s’agrée de ton agrément », c’est là un mensonge de sa part. Ils n’ont rien rapporté de tel du Prophète, et cela ne se trouve dans aucun des livres de hadith connus ; il n’en existe aucune chaîne connue remontant au Prophète, ni authentique ni bonne.9

Texte arabe du passage surligné
وأما قوله: «ورووا جميعاً أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: يا فاطمة إن الله يغضب لغضبك، ويرضى لرضاك» فهذا كذب منه، ما رووا هذا عن النبي صلى الله عليه وسلم، ولا يُعرف هذا في شيء من كتب الحديث المعروفة، ولا له إسناد معروف عن النبي صلى الله عليه وسلم: لا صحيح ولا حسن.
Or al-Haythami rapporte ce hadith précis et en juge la chaîne tout autrement :
- D’après Ali, le Messager d’Allah, que la prière et la paix soient sur lui, a dit : « Allah se courrouce de ton courroux et s’agrée de ton agrément. » Rapporté par al-Tabarani, et sa chaîne est bonne.10

Texte arabe du passage surligné
١٥١٩٨ ـ وعن عليّ، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «إن الله يغضب لغضبك، ويرضى لرضاك». رواه الطبراني، وإسناده حسن.
Ce hadith a bel et bien une origine connue car il provient du Mu’jam al-Kabir d’al-Tabarani et sa chaîne est hasan. Voyez donc l’ignorance flagrante d’Ibn Taymiyyah. Sa haine des Ahl al-Bayt l’a aveuglé de plein fouet.
3.2. Les reproches qu’il attribue à Fatima et à d’autres Compagnons
Il nie l’infaillibilité de Fatima Zahra, que la paix soit sur elle, et reconnaît que plusieurs reproches qui lui ont été adressés, ainsi qu’aux Compagnons, sont véridiques.
Nous savons que ce qui se raconte de Fatima et d’autres Compagnons en fait de reproches, beaucoup en est mensonge, et qu’en une part ils y étaient dans l’interprétation ; et si une part en était péché, ces gens ne sont pas infaillibles.11

Texte arabe du passage surligné
الوجه السابع […] ونحن نعلم أن ما يُحكى عن فاطمة وغيرها من الصحابة من القوادح كثير منها كذب وبعضها كانوا فيه متأولين. وإذا كان بعضها ذنباً فليس القوم معصومين.
Il range donc Fatima, que la paix soit sur elle, parmi ceux qui peuvent pécher. Rappelons, dans un premier temps, l’éminence de sa vertu, qu’il tend pourtant à minimiser à maintes reprises : al-Bukhari rapporte ces mots que le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, adressa à sa fille peu avant sa mort :
« … Et tu es celle des miens qui me rejoindra la première. » Je me mis alors à pleurer. Il dit : « N’es-tu pas satisfaite d’être la maîtresse des femmes des gens du Paradis (ou : des femmes des croyants) ? » Et j’ai ri de cela.12

Texte arabe du passage surligné
٣٦٢٤ ـ «فقالت: أسرّ إليّ أن جبريل كان يعارضني القرآن كلّ سنةٍ مرّة، وإنه عارضني العام مرّتين ولا أراه إلا حضر أجلي، وإنكِ أول أهل بيتي لحاقاً بي، فبكيت. فقال: أما ترضين أن تكوني سيدة نساء أهل الجنة ـ أو نساء المؤمنين ـ فضحكت لذلك».
Celle qu’Allah, exalté soit-Il, a purifiée dans le verset de la purification13 de tout péché, et que son père déclare maîtresse des femmes du Paradis, se voit être rabaissée à un niveau qui lui est assurément étranger, tant sa vertu et son mérite sont élevés.
4. Son opposition aux paroles du Prophète
4.1. Le meurtrier de Ammar déclaré promis au Paradis
Le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, avait annoncé que le meurtrier de Ammar b. Yasir serait en Enfer. Ibn Taymiyyah, lui, s’y oppose et dit :
Celui qui tua Ammar b. Yasir est Abu al-Ghadiya, et l’on a dit qu’il était de ceux du serment de Ridwan, comme l’a mentionné Ibn Hazm. Nous attestons donc du Paradis en faveur de Ammar, et en faveur de son meurtrier également, s’il était de ceux du serment de Ridwan, du Paradis.14

Texte arabe du passage surligné
هؤلاء المشهود لهم بالجنة، والذي قتل عمار بن ياسر هو أبو الغادية، وقد قيل: إنه من أهل بيعة الرضوان، ذكر ذلك ابن حزم. فنحن نشهد لعمار بالجنة، ولقاتله إن كان من [أهل] بيعة الرضوان بالجنة.
Le vérificateur de l’édition identifie l’homme en bas de cette page et cite :
Il s’agit d’Abu al-Ghadiya al-Juhani. […] Ibn Hajar a dit dans al-Isaba : « Abu al-Ghadiya al-Juhani, le meurtrier de Ammar, a la qualité de Compagnon ». […] Al-Dhahabi a dit dans al-Ibar : il assista à Siffin aux côtés de Muawiya, en l’an 37.15
Le meurtrier de Ammar a combattu contre Ali, que la paix soit sur lui, et le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, a dit que sa destination serait le Feu. Cependant, Ibn Taymiyyah affirme l’opposé. Soyez-en certains : s’il avait été question de Umar ou d’Abu Bakr, il se serait empressé de citer le hadith à la chaîne authentique établissant qu’Abu al-Ghadiya compte parmi les gens du Feu.
Al-Albani authentifie bien ce hadith dans sa Silsila et réfute indirectement Ibn Taymiyyah :
- « Le meurtrier de Ammar et son détrousseur sont en Enfer. »
Je dis : cette chaîne est authentique, ses transmetteurs sont dignes de confiance, ce sont les transmetteurs de Muslim ; et Abu al-Ghadiya est al-Juhani, lequel est bien un Compagnon, comme plusieurs l’ont établi. Al-Hafiz [Ibn Hajar] a d’ailleurs écrit, à la fin de la notice qu’il lui consacre dans al-Isaba, après avoir rapporté ce hadith et rappelé qu’Ibn Ma’in affirmait catégoriquement qu’il était le meurtrier de Ammar :
« Ce que l’on présume des Compagnons dans ces guerres, c’est qu’ils y étaient dans l’interprétation, et le mujtahid qui se trompe a malgré tout une récompense ; et si cela vaut pour les gens ordinaires, cela vaut à plus forte raison pour les Compagnons. »
Et je dis : cela est vrai, mais son application à chacun d’entre eux pris individuellement fait difficulté, car il faudrait alors contredire la règle susmentionnée par un hadith comme celui-ci : il n’est pas possible de soutenir qu’Abu al-Ghadiya, le meurtrier de Ammar, est récompensé pour l’avoir tué au terme d’un ijtihad, alors que le Messager d’Allah, que la prière et la paix soient sur lui, dit : « Le meurtrier de Ammar est en Enfer » ! Ce qu’il convient donc de dire, c’est que la règle est valable, sauf ce sur quoi la preuve décisive indique le contraire : cela s’en trouve excepté, comme c’est le cas ici, et cela vaut mieux que de frapper le hadith authentique au moyen de cette règle. Et Allah est plus savant.16

Texte arabe du passage surligné
٢٠٠٨ ـ (قاتلُ عمّارٍ وسالبُهُ في النارِ). […] قلت: وهذا إسناد صحيح، رجاله ثقات رجال مسلم، وأبو الغادية هو الجهني، وهو صحابي كما أثبت ذلك جمع، وقد قال الحافظ في آخر ترجمته من «الإصابة» بعد أن ساق الحديث، وجزم ابن معين بأنه قاتل عمار: «والظن بالصحابة في تلك الحروب أنهم كانوا فيها متأولين، وللمجتهد المخطئ أجر، وإذا ثبت هذا في حق آحاد الناس؛ فثبوته للصحابة بالطريق الأولى». وأقول: هذا حق، لكن تطبيقه على كل فرد من أفرادهم مشكل، لأنه يلزم تناقض القاعدة المذكورة بمثل حديث الترجمة، إذ لا يمكن القول بأن أبا غادية القاتل لعمار مأجور لأنه قتله مجتهداً، ورسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: «قاتل عمار في النار»! فالصواب أن يقال: إن القاعدة صحيحة إلا ما دل الدليل القاطع على خلافها، فيستثنى ذلك منها، كما هو الشأن هنا، وهذا خير من ضرب الحديث الصحيح بها. والله أعلم.
5. Ses positions anthropomorphistes
5.1. L’authentification du récit du « jeune homme aux cheveux frisés »
Le récit en question prête au Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, ces mots : il aurait vu son Seigneur sous les traits d’un jeune homme aux cheveux frisés, dans une prairie verdoyante. Ibn Taymiyyah le déclare authentique et y voit une vision oculaire :
Il a informé qu’il L’a vu sous la forme d’un jeune homme, un voile devant Lui, et Ses pieds dans une verdure ; c’est cette vision-là que l’on conteste au moyen du verset, et c’est à son sujet qu’il a été répondu par ce qui précède. Il s’ensuit qu’il s’agit d’une vision oculaire, comme dans le hadith authentique remontant au Prophète, transmis de Qatada, d’après Ikrima, d’après Ibn Abbas, qui a dit : le Messager d’Allah, que la prière et la paix soient sur lui, a dit : « J’ai vu mon Seigneur sous la forme d’un [jeune homme] imberbe, à la chevelure abondante, aux cheveux frisés, dans une prairie verdoyante. »17

Texte arabe du passage surligné
وهذا يدل على أنه رآه، وأخبر أنه رآه في صورة شاب دونه ستر، وقدميه في خضرة، وأن هذه الرؤية هي المعارضة بالآية، والمجاب عنها بما تقدم فيقتضي أنها رؤية عين، كما في الحديث الصحيح المرفوع عن قتادة عن عكرمة عن ابن عباس قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «رأيت ربي في صورة [شاب] أمرد له وفرة جعد قطط في روضة خضراء».
Cette authentification se heurte de front à un verset du Coran :
Il n’y a rien qui Lui ressemble.18

Texte arabe du passage surligné
لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ
Le récit qu’il déclare authentique attribue donc à Allah, exalté soit-Il, une forme humaine, quand le verset écarte toute ressemblance. Ils reprochent aux chrétiens d’affirmer qu’Allah s’est manifesté sous une forme humaine, mais tombent dans un anthropomorphisme comparable. Tel est leur aveuglement : sacrifier un verset explicite pour s’accrocher à un hadith forgé.
Cette description en rappelle une autre, et le rapprochement ne tient pas à une vague ressemblance : deux mots passent d’un hadith à l’autre. Le récit qu’Ibn Taymiyyah authentifie dit « sous la forme d’un jeune homme (shabb) […] aux cheveux frisés (jad qatat) ». Or le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui et sur sa famille, décrit le Dajjal par ces termes exacts, dans Sahih Muslim : « c’est un jeune homme (shabb) aux cheveux frisés (qatat) ».
D’après al-Nawwas b. Saman : le Messager d’Allah, que la prière et la paix soient sur lui, mentionna le Dajjal un matin ; il baissa la voix puis l’éleva, au point que nous le crûmes dans le bosquet de palmiers. […] Il dit : « Autre que le Dajjal m’inspire plus de crainte pour vous. S’il paraît alors que je suis parmi vous, c’est moi qui débattrai contre lui à votre place ; et s’il paraît alors que je ne suis pas parmi vous, chacun débattra pour lui-même, et Allah est mon successeur auprès de chaque musulman. C’est un jeune homme aux cheveux frisés, à l’œil éteint ; je le compare à Abd al-Uzza b. Qatan. »19

Texte arabe du passage surligné
١١٠ ـ (٢٩٣٧) […] عن النواس بن سمعان، قال: ذكر رسول الله صلى الله عليه وسلم الدجال ذات غداة، فخفّض فيه ورفّع، حتى ظنناه في طائفة النخل، فلما رحنا إليه عرف ذلك فينا، فقال: «ما شأنكم؟» قلنا: يا رسول الله! ذكرت الدجال غداة، فخفّضت فيه ورفّعت، حتى ظنناه في طائفة النخل، فقال: «غير الدجال أخوفني عليكم، إن يخرج وأنا فيكم فأنا حجيجه دونكم، وإن يخرج ولست فيكم، فامرؤ حجيج نفسه، والله خليفتي على كل مسلم، إنه شاب قطط، عينه طافئة، كأني أشبهه بعبد العزّى بن قطن». […] وفي رواية ابن حُجْر: «فإني قد أنزلتُ عباداً لي، لا يدَيْ لأحد بقتالهم».
6. Sa négation du tawassul et de l’istighatha par le Prophète, dénoncée par al-Haytami
Ibn Hajar al-Haytami, dans l’ouvrage qu’il consacre à la visite du tombeau prophétique, affirme fermement :
Parmi les fables d’Ibn Taymiyyah, que nul savant avant lui n’avait soutenues et par lesquelles il est devenu un objet d’opprobre parmi les gens de l’islam : il a nié l’istighatha et le tawassul par lui, que la prière et la paix soient sur lui. Il n’en est rien de ce qu’il a forgé : le tawassul par lui est au contraire bon en toute circonstance, avant sa création comme après, en ce monde et dans l’autre.20

Texte arabe du passage surligné
ثالثة عشرها: [التوسل والاستغاثة والاستشفاع برسول الله صلى الله عليه وسلم] من خرافات ابن تيمية التي لم يقلها عالمٌ قبله، وصار بها بين أهل الإسلام مُثلة: أنه أنكر الاستغاثة والتوسل به صلى الله عليه وسلم، وليس كما افترى، بل التوسل به صلى الله عليه وسلم حسنٌ في كل حالٍ قبل خلقه وبعده، في الدنيا والآخرة.
Conclusion
Mis bout à bout, ces éléments sont trop révélateurs pour être écartés. Ibn Taymiyyah reconnaît lui-même que plusieurs Compagnons nourrissaient de l’hostilité envers l’Imam Ali, que la paix soit sur lui, sans leur appliquer pour autant le jugement prophétique selon lequel seul l’hypocrite le hait ; au contraire, il dit qu’ils sont meilleurs que ceux qui détestaient Umar et Abu Bakr. Il admet également l’assaut contre la demeure de Fatima, que la paix soit sur elle, mais prête à Abu Bakr une justification qu’aucun hadith ne rapporte, lui qui exige pourtant habituellement une tradition authentique pour étayer ce genre d’affirmation. Ailleurs, il cherche à disculper le meurtrier de Ammar, malgré le hadith authentifié déclarant que son meurtrier est voué au Feu. Il attribue enfin à Allah des caractéristiques corporelles en s’appuyant sur un récit qu’il juge authentique et dont la description rappelle étrangement celle du Dajjal. Quant à son rejet du tawassul, al-Haytami le range explicitement parmi les aberrations d’Ibn Taymiyyah, « que nul savant avant lui n’avait soutenues ».
Notes
-
Il paraphrase le Coran, sourate Maryam (19), verset 96 : « إن الذين آمنوا وعملوا الصالحات سيجعل لهم الرحمن ودا » ; la référence figure en marge de la page dans l’édition citée. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 7, p. 137-138. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 7, p. 138, suite immédiate du passage précédent. ↩
-
Sahih Muslim, Kitab al-iman, chap. 34, hadith 78 (131), éd. Bayt al-Afkar al-Dawliyya, Riyad, 1419 H./1998, p. 60. ↩
-
Othman al-Khamees, « ما حكم سب الصحابة بالتحديد », chaîne قناة ذكّر الدعوية, mise en ligne le 7 janvier 2017, de 0 min 02 s à 0 min 16 s : youtube.com/watch?v=bo37-jQxJps. ↩
-
Objection rapportée par Ibn Taymiyyah lui-même, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 8, p. 290. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 8, p. 291. Le texte porte مال الفيء, le fay’ : les biens obtenus de l’ennemi sans combat (Coran, sourate al-Hashr (59), verset 6), à distinguer de la ghanima, le butin pris les armes à la main. ↩
-
Taj al-Din al-Subki, Muid al-niam wa-mubid al-niqam, éd. Muhammad Ali al-Najjar, Abu Zayd Shalabi et Muhammad Abu al-Uyun, Le Caire, Jamaat al-Azhar li-l-nashr wa-l-talif (impr. Dar al-Kitab al-Arabi), 1re éd., 1367 H./1948, p. 43, note 1. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 4, p. 248-249. ↩
-
Al-Haythami, Majma al-zawaid wa-manba al-fawaid, éd. Husayn Salim Asad al-Darani et Murhif Husayn Asad, Djeddah, Dar al-Minhaj li-l-nashr wa-l-tawzi, vol. 18, Kitab al-manaqib, hadith 15198, p. 592. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 4, p. 243-244. ↩
-
Sahih al-Bukhari, Kitab al-manaqib (61), hadith 3624, éd. Dar Ibn Kathir, Damas-Beyrouth, 1re éd., 1423 H./2002, p. 892. ↩
-
Coran, sourate al-Ahzab (33), verset 33 : « إنما يريد الله ليذهب عنكم الرجس أهل البيت ويطهركم تطهيرا ». ↩
-
Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, éd. Muhammad Rashad Salim, 1406 H./1986, vol. 6, p. 205. ↩
-
Note du vérificateur Muhammad Rashad Salim, dans Ibn Taymiyyah, Minhaj al-sunna al-nabawiyya, 1406 H./1986, vol. 6, p. 205, note 1. Elle renvoie à Ibn Hajar, al-Isaba, vol. 3, p. 627 et vol. 4, p. 150-151 ; à Ibn Abd al-Barr, al-Istiab, vol. 3, p. 629 et vol. 4, p. 150-151 ; à Ibn al-Athir, Usd al-ghaba, vol. 5, p. 513 et vol. 6, p. 237 ; à al-Dhahabi, al-Ibar, vol. 1, p. 42 ; et à Ibn Hazm, Jawami al-sira, p. 308 et 322. ↩
-
Al-Albani, Silsilat al-ahadith al-sahiha, Riyad, Maktabat al-Maarif li-l-nashr wa-l-tawzi, 1re éd., vol. 5, 1416 H./1996, hadith 2008, p. 18-19. ↩
-
Ibn Taymiyyah, Bayan talbis al-Jahmiyya fi tasis bidaihim al-kalamiyya, éd. Muhammad al-Buraydi, Riyad, Ministère saoudien des affaires islamiques et Majma al-Malik Fahd li-tibaat al-mushaf al-sharif, 1re éd., 1426 H./2005, vol. 7, p. 290. ↩
-
Coran, sourate al-Shura (42), verset 11. Le texte arabe est sous le scan ci-dessus ; la citation s’arrête où s’arrête le surlignage du mushaf, la suite du verset ne portant pas sur la ressemblance. ↩
-
Sahih Muslim, Kitab al-fitan wa-ashrat al-saa (52), chap. 20, hadith 110 (2937), éd. Bayt al-Afkar al-Dawliyya, Riyad, 1419 H./1998, p. 1177. ↩
-
Ibn Hajar al-Haytami, al-Jawhar al-munazzam fi ziyarat al-qabr al-mukarram, Beyrouth, Dar al-Hawi, et Damas, Dar al-Sanabil, 2e éd., 1434 H./2013, p. 171. ↩
Sources & Références
- Minhaj al-sunna al-nabawiyya
- Bayan talbis al-Jahmiyya fi tasis bidaihim al-kalamiyya
- Sahih al-Bukhari
- Sahih Muslim
- Majma al-zawaid wa-manba al-fawaid
- Silsilat al-ahadith al-sahiha
- Muid al-niam wa-mubid al-niqam
- al-Jawhar al-munazzam fi ziyarat al-qabr al-mukarram
- ما حكم سب الصحابة بالتحديد↗

